Le Monde d’Edena (également connu sous le nom de Cycle d’Edena de Moebius) est né d’une courte histoire promotionnelle commandée en 1983 par le constructeur automobile Citroën pour un usage interne. Inspiré par cette commande, Jean Giraud ressentit un profond désir de développer le récit original et de l’enrichir de prolongements typiquement « moebiusiens ». Comme le dit Mœbius : « Il n’était pas prévu de faire une histoire aussi longue, et l’histoire a été longue. Il n’était pas prévu d’en faire un album, et il en a été fait un. Il n’était pas prévu d’en faire un cycle, et le cycle s’est imposé. »
Autour de 1985, Jean Giraud Mœbius teste l’instinctothérapie, une forme de nutrition dont le principe fondateur est la quête de la nourriture des origines. Il établit ainsi un parallèle entre cette pratique et la notion de jardin d’Éden, un des thèmes qu’il va développer dans Le Monde d’Edena. La même année, à Tokyo, il réalise en un mois dans sa chambre d’hôtel les vingt-cinq premières planches des Jardins d’Edena, suite de Sur l'étoile (Une croisière Citroën). Au début, les personnages sont coupés d’une certaine forme de spontanéité et de l’animalité qui caractérisent les êtres vivants. Poussant à l’extrême ce qui arrive déjà à l’humanité, Jean Giraud introduit le thème, amorcé avec la médecine moderne, du corps en tant que machine imparfaite dont on peut et doit remplacer toutes les pièces. Stel et Atan, les deux personnages principaux, sont en toute bonne foi persuadés qu’une bonne santé repose sur de bonnes transplantations. Les deux héros, complètement coupés de leurs racines et notamment de leur sexualité, vont découvrir leur véritable nature humaine au sein d’un fabuleux drame cosmique.
Lorsque Mœbius est interrogé sur la dimension personnelle de cette œuvre, il répond que son inspiration est directement reliée à ses propres expériences et questionnements. L’histoire ouverte avec le premier album se clarifie progressivement : l’auteur décrit le cheminement d’une existence totalement synthétique au retour à l’état naturel, avec tout ce que cela implique de blocages, de peurs et de résistances et ce que cela entraîne comme conséquences : métamorphose et réinvention de soi... Issus du futur, extraits de leur milieu et de leur conditionnement initial, les deux êtres expérimentent au contact de la planète sur laquelle ils sont échoués des notions qu’ils ne connaissaient que de façon abstraite: une pomme, le sexe, l’eau, les rêves...
Le Monde d’Edena, c’est, selon son auteur, du pur Mœbius : « À partir du moment où je rentre dans un Mœbius, je suis automatiquement projeté dans un état d’esprit différent. Il y a des Mœbius chuchotés, d’autres qui sont chantés, des Mœbius solennels, des graves, et d’autres, plus rares, qui sont franchement rigolards... J’évolue dans ma vie ; donc les types d’émotion et les états d’esprit que je peux endosser évoluent aussi. »