Créée en 1963 par le scénariste Jean-Michel Charlier et le dessinateur Jean Giraud, la série Blueberry renouvelle profondément le western en proposant une vision réaliste, complexe et souvent désenchantée de la conquête de l’Ouest américain. Blueberry raconte les aventures d’un officier anticonformiste qui tente de préserver sa liberté et son sens de la justice dans un monde dominé par la violence, les intérêts politiques et les rapports de force. Au-delà du western d’aventure, la série propose une réflexion sur le pouvoir, la morale, la guerre et les contradictions humaines. Elle montre que la frontière entre les héros et les criminels, entre la justice et l’injustice, est souvent beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît.
L’action se déroule dans l’Ouest américain, principalement après la guerre de Sécession, au cours des années 1860 et 1870. Le héros, Mike Steve Donovan,
surnommé Blueberry, est un officier de cavalerie de l’armée américaine. Rebelle, indépendant et souvent indiscipliné, il se distingue par son courage, son intelligence et son refus des injustices. Envoyé dans les territoires de la frontière, il se retrouve confronté aux conflits entre l’armée américaine, les colons, les chercheurs d’or et les peuples amérindiens. Ses missions l’entraînent dans des situations périlleuses où se mêlent intrigues militaires, trahisons, complots politiques et luttes pour le contrôle des territoires.
Blueberry ne se contente pas d’obéir aux ordres. Il cherche à comprendre les événements et à déjouer les manipulations dont les soldats comme les populations amérindiennes sont parfois victimes.
"J’ai toujours eu du mal à faire Blueberry. Cela demande une discipline graphique extraordinaire. C’est beaucoup plus difficile que de faire du Moebius. C’est la même différence qu’il y a entre peindre un tableau de Delacroix et un de Picasso. Un Delacroix demande que l’on traverse un univers de technicité, de connaissance du matériau absolument extravagant ; un Picasso requiert « seulement » de traverser un univers mental de structures, de regards sur le monde, etc. [...] Mais faire du Delacroix, si l’on est pas bien, si l’on est resté plusieurs mois sans dessiner avec cette technique-là, c’est extrêmement ardu. Cela nécessite d’avoir en permanence certaines données comme dans un art martial, la danse ou le Piano ; il faut s’entraîner tous les jours, tous les jours…"